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\def \lp {\langle}
\def \rp {\rangle}
\def \argth {{\mathrm{argth\,}}}
\title{Mod\`ele d'Ising unidimensionnel et exposants critiques}
\author{J\'er\'emie Unterberger}
\date{1er octobre 2001}

\begin{document}
\maketitle
\section{Introduction}


Rappelons qu'une particule charg\'ee poss\`ede, par son spin ou son mouvement
orbital, un moment magn\'etique. Si l'on place la particule dans un champ
magn\'etique ext\'erieur, elle acquiert classiquement une \'energie
 $$E=-{\bf M}.{\bf B}$$
(${\bf M}$ \'etant le moment et ${\bf B}$ le champ magn\'etique).
Cette loi permet de comprendre  tr\`es grossi\`erement pourquoi un
champ magn\'etique agissant sur un mat\'eriau m\'etallique induit en lui une
{\it aimantation}, c'est-\`a-dire que la r\'esultante des moments magn\'etiques  microscopiques du mat\'eriau est non nulle; mais cette aimantation est
en g\'en\'eral tr\`es faible (on sait qu'un aimant n'attire pas un clou
en cuivre), et de plus transitoire : si le champ magn\'etique dispara\^\i t,
l'aimantation aussi; c'est ce qui s'appelle un {\it
 mat\'eriau paramagn\'etique}.

Le comportement des mat\'eriaux {\it ferromagn\'etiques} (comme le fer,
le nickel, le cobalt et quelques alliages)  est totalement diff\'erent du
comportement  paramagn\'etique  ci-dessus : l'aimantation induite
par un champ {\bf B} est beaucoup plus forte; mais surtout,
si {\bf B} dispara\^\i t,
il demeure une aimantation {\it r\'esiduelle} non nulle. C'est ce qui explique
l'existence m\^eme des aimants. Une autre caract\'eristique importante
de tels mat\'eriaux est qu'ils perdent leur comportement ferromagn\'etique
au-dessus d'une certaine {\it temp\'erature critique} $T_C$, dite {\it temp\'erature
de Curie} ($770$ degr\'es Celsius pour le fer), et redeviennent paramagn\'etiques. Une
 \'etude num\'erique ou exp\'erimentale pr\'ecise montre que la
courbe de l'aimantation en champ nul $M_0$ en fonction de la temp\'erature $T$ est continue mais
pr\'esente une singularit\'e en $T=T_C$, et qu'elle se comporte comme
une fonction puissance (en g\'en\'eral  non enti\`ere) pour $T\simeq T_C$, $T<T_C$: $$M_0(T)\sim_{T\to T_C}
(T_C-T)^{\beta}, \beta\in\R_+ \quad (T<T_C), \quad M_0(T)=0\quad (T>T_C).$$ 
Le mat\'eriau ayant des propri\'et\'es tr\`es diff\'erentes pour $T<T_C$ et $T>T_C$, on parle
de transition de phase, comme pour les fluides: phase ferromagn\'etique ou {\it ordonn\'ee}
(spins parall\`eles) pour $T<T_C$, phase paramagn\'etique ou {\it d\'esordonn\'ee} (spins dispos\'es
al\'eatoirement) pour $T>T_C$.


Ce ph\'enom\`ene est difficile \`a expliquer microscopiquement de
mani\`ere convaincante. Un calcul \'el\'ementaire montre ais\'ement que
l'interaction entre les  moments magn\'etiques microscopiques, tr\`es
faible, est d\'etruite par l'agitation thermique pour toute temp\'erature
sup\'erieure \`a  1K (rappelons qu'une particule \`a une temp\'erature $T$ poss\`ede une
\'energie thermique $k_b T$, o\`u $k_b$ est la constante de Boltzmann, de sorte
qu'une temp\'erature de 1K correspond \`a une \'energie de l'ordre de $10^{-4}$ eV).
 On invoque en g\'en\'eral le terme
d'{\it interaction d'\'echange}--  provenant du principe d'exclusion de Pauli pour les
\'electrons -- (cf. [DGLR], r\'ef\'erence cit\'ee dans la section suivante),
 qui l'emporte de loin sur l'agitation thermique aux temp\'eratures
ordinaires (il correspond \`a des \'energies de l'ordre de 1 ev).
Mais il est tr\`es difficile de donner un mod\`ele vraisemblable qui
permettrait d'expliquer pourquoi tel ou tel mat\'eriau est ou n'est pas
ferromagn\'etique, ou de donner une valeur approximative de la temp\'erature
de Curie pour chaque mat\'eriau ferromagn\'etique.

En revanche, des mod\`eles tr\`es simples qu'on pourrait quasiment qualifier
de ``toy models'', comme le mod\`ele d'Ising, jouissent d'un \'enorme succ\`es
en physique des transitions de phase en ce qui concerne
 la pr\'ediction de certaines propri\'et\'es :

-- propri\'et\'es qualitatives : le nombre de phases, leur nature, la localisation des
temp\'eratures de transition (mais non leur valeur);

-- propri\'et\'es {\it critiques}   : le comportement {asymptotique
 des quantit\'es statistiques
aux alentours des temp\'eratures de transition (le calcul de l'exposant
critique
$\beta$ par exemple).

Toutes les approches (exp\'erimentale, num\'erique, th\'eorique) tendent
\`a montrer que l'hypoth\`ese d'{\it universalit\'e} est correcte, \`a savoir
que les mod\`eles se regroupent dans de larges classes d'universalit\'e
essentiellement caract\'eris\'ees par les sym\'etries et la
dimensionnalit\'e  du probl\`eme, \`a
l'int\'erieur de chacune desquelles les propri\'et\'es qualitatives et
semi-quantitatives autour des temp\'eratures critiques sont ind\'ependantes
du mod\`ele pr\'ecis. Une justification th\'eorique est apport\'ee dans
une certaine mesure par la th\'eorie de la renormalisation, dont il serait
beaucoup trop long de parler ici.

En analysant ci-dessous le mod\`ele d'Ising (en fait, les mod\`eles d'Ising
en dimension 1,2,...), nous \'etudierons donc en fait sans le dire
 tous les ph\'enom\`enes -- transition ordre-d\'esordre dans les
alliages binaires, densit\'e d'un fluide... --
appartenant \`a la classe d'universalit\'e du mod\`ele d'Ising pour une
certaine dimension.

\section{Fonctions  thermodynamiques et exposants critiques}

Introduisons donc le mod\`ele d'Ising en dimension $d$. On
consid\`ere des variables de spin $S_i\in\{+1,-1\}$ plac\'ees en les
sommets d'un r\'eseau hypercubique de dimension $d$ (la forme du 
r\'eseau ne modifie pas le comportement critique, comme le montre la
th\'eorie de la renormalisation) et de taille
$N^{1/d}\times\ldots\times N^{1/d}$, de sorte que le nombre total
de sites est \'egal \`a $N$. Une configuration
est la donn\'ee de la valeur de $S_i$ pour tout site $i$; il existe
donc $2^N$ configurations.  L'\'energie d'une configuration $S$
est donn\'ee par 
$$E_B(S)=-\sum_i B S_i -\sum_{\lp i,j\rp} J S_i S_j,$$
$B$ d\'esignant un champ magn\'etique ext\'erieur (suppos\'e constant) et
$\lp i,j \rp$ les paires de plus proches voisins;
 la constante  positive $J$ est appel\'ee coefficient ou constante 
de couplage.

Dans le {\it formalisme canonique} de la physique statistique,
 la moyenne $\lp {\cal O} \rp$
 d'une observable (classique) ${\cal O}$,
 fonction sur l'espace des  configurations, est donn\'ee par
$$\lp {\cal O} \rp_T = {1\over Z} \sum_{S} {\cal O}(S) e^{-{E(S)\over k_b T}},$$
(rappelons que  $k_B$ est la constante de Boltzmann), et $Z$ -- appel\'ee fonction
de partition -- est la somme des poids statistiques de chaque configuration :
$$Z= \sum_{S} e^{-{E(S)\over k_b T}}.$$
  

 On v\'erifie que le signe de $J$ favorise l'alignement
des spins, le minimum d'\'energie \'etant atteint,lorsque $B=0$, pour les deux
configurations ``spin up'' ($S_i=1$ pour tout $i$) et ``spin down''
($S_i=-1$ pour tout $i$). Un calcul perturbatif montre que le terme
$-J S_i S_j$ est \'egal, \`a une constante pr\`es (dont rien ne prouve d'ailleurs
qu'elle soit positive!) au terme de plus bas degr\'e dans l'interaction
d'\'echange (cf. [DGLR], pp. 451-453).

 La pr\'esence d'un champ magn\'etique tr\`es
faible donne une l\'eg\`ere pr\'ef\'erence pour l'un ou l'autre de ces deux \'etats.
On peut donc a priori obtenir une aimantation r\'esiduelle positive
 en soumettant le r\'eseau \`a un champ
$B$ tendant vers $0$ par valeurs sup\'erieures.
 C'est pourquoi on d\'efinit l'aimantation moyenne \`a champ nul $M_0$
 (l'aimantation r\'esiduelle mesur\'ee exp\'erimentalement en fait) comme
$$M_0(T)=\lim_{B\to 0, B>0} M(B,T),$$ o\`u $M(B,T)$ est d\'efini comme la
{\it limite thermodynamique} (c'est-\`a-dire, quand la taille du r\'eseau
tend vers l'infini) de la moyenne statistique de l'aimantation : 
$$M(B,T)=  \lim_{N\to\infty} \lp {1\over N} \sum_i S_i\rp_T.$$
Il est clair que
 $M(0,T)$ est nul puisque $E(B=0)$ est invariante  par le changement
du signe de tous les spins; la fonction $M(B,T)$ n'est donc pas continue
en $B=0$. C'est la limite thermodynamique qui induit cette non-continuit\'e,
les poids statistiques \'etant partout
analytiques (sauf \`a temp\'erature nulle); {\bf il ne peut y avoir de transition de
phase pour un r\'eseau de taille finie}. 

On v\'erifie imm\'ediatement que $M$ est donn\'ee par
\begin{eqnarray*}
M&=&-\lim_{N\to\infty} {k_b T\over N} {\partial Z/\partial B\over Z}\\
 &=&  {\partial F\over\partial B},
\end{eqnarray*}
o\`u l'on a introduit {\it l'\'energie libre par site}  $$F=-\lim_{N\to
\infty} {1\over N}
k_b T \log Z.$$

Remarquons que cette limite n'a de sens que parce que l'\'energie libre totale
$-k_b T\log Z$, ou encore l'aimantation
totale $-k_b T {\partial \log Z\over \partial B}$,   d\'efinies pour un r\'eseau de taille finie,
sont des quantit\'es {\it extensives}, c'est-\`a-dire proportionnelles \`a $N$ dans la limite
$N\to\infty$. D. Ruelle et d'autres auteurs ont  d\'emontr\'e
 l'extensivit\'e de l'\'energie libre totale -- et par
cons\'equent celle de l'aimantation totale -- sous des hypoth\`eses tr\`es g\'en\'erales,
pour tout syst\`eme statistique; nous donnerons un argument utilisant la matrice de transfert
dans la section suivante, pour
 le cas particulier du mod\`ele d'Ising unidimensionnel, qui se g\'en\'eralise ais\'ement
\`a tout syst\`eme unidimensionnel.






On voit sur cet exemple que  $Z$ sert de fonction g\'en\'eratrice et
que les d\'eriv\'ees partielles de $F$ par rapport \`a $T$  et $B$ donnent
des moyennes d'observables (autrement dit, des variables
thermodynamiques)  physiquement int\'eressantes.  Signalons
les plus importantes (toutes d\'efinies \`a la limite thermodynamique) :

\begin{enumerate}
\item{\'energie interne $U$}\\

C'est par d\'efinition  l'\'energie moyenne par site, not\'ee $U$ en g\'en\'eral :
\begin{eqnarray*}
 U(T)&=& \lim_{N\to\infty} {1\over N} \lp E_B\rp_T \\
     &=&  {\partial (F/k_b T)\over \partial(1/k_b T)} 
=-T^2 {\partial\over\partial T} {F\over T}= (F-T\partial F/\partial T).
\end{eqnarray*} 


\item{chaleur sp\'ecifique $C$})\\

Par d\'efinition,
$$C=\partial U/\partial T=-T\partial^2 F/\partial T^2.$$


\item{susceptibilit\'e $\chi$} )\\

La susceptibilit\'e mesure la d\'ependance de l'aimantion par rapport au
champ $B$ pour $B$ proche de $0$ :
$$\chi={\partial M\over\partial B}\biggr|_{B=0}= \partial^2
F/\partial B^2.$$



\end{enumerate}
Remarquons que toutes ces fonctions sont \'etudi\'ees aux alentours
du point critique de coordonn\'ees $(T=T_C, B=0)$; leurs valeurs loin du point critique
ne sont pas universelles et ne nous int\'eressent donc pas.  

Les principaux {\it exposants critiques} (qui ont un sens  g\'en\'eralisable \`a 
une large proportion de  syst\`emes statistiques, d'o\`u
leur d\'esignation par des lettres grecques standardis\'ees) sont les
suivants :

\begin{enumerate}
\item{(exposant $\al$)}

Il est d\'efini par $C\sim_{T\to T_C} |T-T_C|^{-\al}$ ($B=0$). Par $\sim$ on entend
le comportement asymptotique dominant lorsque $T\to T_C$, modulo
un facteur multiplicatif constant qui ne  d\'epend que
du signe de $T-T_C$, et parfois, h\'elas, un facteur logarithmique, bien connu par les amateurs
des \'equations du type de Fuchs; si bien qu'on peut d\'efinir $\al$ par
$$\al=-\lim_{T\to T_C} {\ln C(T)\over\ln |T-T_C|}.$$.

\item{(exposant $\beta$)}

Il est d\'efini par $M_0\sim_{T\to T_C} (T_C-T)^{\beta}$ ($T<T_C$). On rappelle 
que $M_0=0$ pour tout $T>T_C$ (phase paramagn\'etique).

\item{(exposant $\gamma$)}

Il est d\'efini par $\chi\sim_{T\to T_C} |T-T_C|^{-\gamma}$, \`a $B=0$.
\item{(exposant $\del$ ou exposant sur l'isotherme critique)}

C'est l'unique exposant d\'efini \`a la temp\'erature critique
pr\'ecis\'ement : il donne l'allure du graphe $(B,M)$ aux alentours
de $B=0$, pour $T=T_C$ fix\'ee (c'est un analogue des courbes
$(P,V)$ \`a la temp\'erature critique pour un fluide \`a la transition
liquide-gaz). Plus pr\'ecis\'ement,
$$M\sim_{B\to 0} B^{1/\del},\quad (T=T_C).$$
\end{enumerate}


\medskip

On s'int\'eresse \'egalement aux comportement des {\it corr\'elateurs}
suivant,
correspondant \`a ce qu'on appelle la covariance en statistique
math\'ematique :
$$G(i,j)=\lp S_i S_j\rp - \lp S_i\rp \lp S_j\rp;$$
notons que cette quantit\'e pourrait s'obtenir comme d\'eriv\'ee seconde de $F$
par rapport \`a $B_i$ et $B_j$, en postulant un champ magn\'etique
spatialement non constant $B=B(i)$.
Elle joue un r\^ole absolument fondamental dans la th\'eorie de la
renormalisation: sous des hypoth\`eses extr\^emement g\'en\'erales, on a,
pour tout syst\`eme statistique en-dehors de la temp\'erature critique,
$$G(i,j)\sim e^{-d(i,j)/\xi},\quad d(i,j)\to\infty$$
($d(i,j)$ \'etant la distance entre les spins $i$ et $j$), la quantit\'e
$\xi$, fonction de $T$ uniquement, s'appelant {\it longueur de 
corr\'elation}. La corr\'elation entre les spins $i$ et $j$ devient
effectivement n\'egligeable pour $d(i,j)>>\xi$. Remarquons que
le corr\'elateur $G$ est invariant par translation;  on note souvent
$G=G(\vec{r})$, $\vec{r}$ \'etant le vecteur joignant le spin $i$ au
spin $j$ (en pratique, la distance entre deux spins voisins est
microscopique, donc on peut consid\'erer $\vec{r}$ comme une variable
continue lorsqu'on mesure des corr\'elations \`a distance macroscopique).
La longueur de corr\'elation tend vers l'infini lorsque $T\to T_C$ (c'est
m\^eme, pourrait-on dire, la d\'efinition d'un point critique du point de vue
de la renormalisation), suivant une loi d'\'echelle d\'efinissant
l'exposant $\nu$ :
$$ \xi\sim_{T\to T_C} |T-T_C|^{-\nu}\quad (B=0).$$
(Notons que ces nouvelles quantit\'es s'obtiennent plus pr\'ecis\'ement \`a
la limite thermodynamique, pour $B\to 0^+$, comme pour le calcul
de l'aimantation). 
Finalement, \`a $T=T_C$ pr\'ecis\'ement, le facteur exponentiel dispara\^\i t
et on trouve une nouvelle loi d'\'echelle, d\'efinissant l'exposant
$\eta$ :
$$G(\vec{r})\sim_{|\vec{r}|\to\infty}  |\vec{r}|^{-d+2-\eta}\quad (T=T_C, B=0).$$

Une \'etude pouss\'ee de ces exposants critiques n\'ecessiterait la th\'eorie
du groupe de renormalisation (cf. [Hen], chapitre 1, par exemple, pour
le lien avec les lois d'\'echelle), que nous ne ferons pas.

On trouve num\'eriquement (cf. [3])
 les exposants suivants pour $d=2$, $d=3$ et
$d>4$ (\`a noter que les valeurs des exposants critiques prennent une
valeur fixe pour tout $d>4$, ce que peut seule expliquer la th\'eorie
de la renormalisation) :
$$\begin{array}{cccc}
   & d=2 & d=3 & d>4 \\
\al & 0 & 0,11... & 0\\
\beta & 1/8 & 0,33... & 1/2\\
\gamma & 7/4 & 1,24... & 1\\
\delta  & 15& 4,77... & 3\\
\nu & 1 & 0,63... & 2/d \\
\eta & 1/4 & 0,032... & 2-d/2
\end{array}.$$

Les valeurs pour $d=2$ sont exactes (noter qu'elles sont toutes rationnelles),
et proviennent de la r\'esolution exacte du mod\`ele d'Ising en dimension
2 et en champ nul par L.Onsager (1944, calcul de l'\'energie libre) et C.N.Yang (1952, calcul
de l'aimantation \`a champ nul). Pour \^etre tout \`a fait complet, il faut signaler l'article
[4] donnant une r\'esolution exacte du mod\`ele d'Ising bidimensionnel \`a la temp\'erature critique
mais en champ quelconque, qui a permis de trouver la valeur exacte de $\del$ conjectur\'ee depuis
longtemps par des
arguments g\'en\'eraux de la th\'eorie de la renormalisation. Les valeurs pour $d>4$ sont \'egalement
exactes et rationnelles, elles s'obtiennent par la th\'eorie du champ
moyen (cf. section 4 ci-dessous); on peut d\'emontrer qu'elles s'\'etendent
\`a $d=4$, \`a des facteurs logarithmiques pr\`es. En revanche, pour les valeurs de $d$
comprises entre $2$ et $4$ (soit $d=3$ en dimension enti\`ere, mais la
th\'eorie de Landau et la r\'egularisation dimensionnelle permettent de
consid\'erer des dimensions non enti\`eres), le probl\`eme du calcul
des exposants critiques reste entier. Des m\'ethodes d'approximation
en trois dimensions ont toutefois donn\'e des valeurs th\'eoriques
correspondant aux valeurs exp\'erimentales r\'eelles (cf. [DGLR], p.
475 pour des r\'ef\'erences et une discussion).

\section{R\'esolution du mod\`ele d'Ising unidimensionnel}

On consid\`ere un r\'eseau fini de taille $N+1$ sur une droite, constitu\'e
de sites not\'es $1,\ldots,N+1$, avec des conditions p\'eriodiques
au bord. L'\'energie d'une configuation
donn\'ee $S=(S_i)_{i=1,
\ldots,N}$ s'\'ecrit
$$E_B(S)=-J\sum_{l=1}^N S_l S_{l+1} -B\sum_{i=1}^N S_i,$$
avec, par hypoth\`ese, $S_1=S_{N+1}$. On peut indiff\'eremment imaginer
que ce r\'eseau est de taille $N$, les sites \'etant dispos\'es de
mani\`ere r\'eguli\`ere sur un cercle.

On posera $k_b=1$ dans la suite pour simplifier, de sorte que
$$Z=\sum_{S} e^{-E_B(S)/T}.$$

Soit $V$ un espace vectoriel r\'eel euclidien de dimension $2$ muni
d'une base orthonorm\'ee index\'ee par les deux valeurs des spins, $+1$
et $-1$. On d\'efinit un op\'erateur $\cal T$
dit {\it op\'erateur de transfert} par ses coefficients matriciels
$${\cal T}(S_i,S_j):=({\cal T})_{S_i,S_j}=\exp {1\over T}
\left[ JS_i S_j+{B\over 2}(S_i+S_j)\right]:$$
alors on v\'erifie ais\'ement que
$$Z=\sum_S {\cal T}(S_1,S_2){\cal T}(S_2,S_3)\cdots {\cal T}(S_{n},
S_{n+1}),$$
d'o\`u (gr\^ace aux conditions p\'eriodiques)
$$Z=\tr {\cal T}^N.$$
La {\it matrice de transfert} (matrice de l'op\'erateur de transfert
dans la base naturelle)
$$\left(\begin{array}{cc} e^{J+B\over T} & e^{-{J\over T}}\\
e^{-{J\over T}} & e^{J-B\over T}\end{array}\right)$$
a deux valeurs propres positives distinctes $\lambda_1>\lambda_2$, dont la plus grande s'\'ecrit
$$\lambda_1=e^{J\over T}\left[ \ch {B\over T}+\sqrt{\sh^2 {B\over T}+e^{-4{J\over 
T}}}\,\,\right].$$

En passant \`a la limite thermodynamique, on trouve donc une valeur finie et non nulle,
comme nous l'annoncions dans la 2\`eme section : 
$$F=-\lim_{N\to\infty} {1\over N} T\log Z= -\lim_{N\to\infty} {1\over N} T\log (\lambda_1^N +
\lambda_2^N) = -T\ln\lambda_1.$$
L'expression de l'\'energie libre par site est, comme on le voit
imm\'ediatement, analytique pour $T>0$, donc il n'y a pas de transition
de phase; en particulier, $M_0=0$ pour tout $T$.

C'est un r\'esultat tr\`es g\'en\'eral pour les syst\`emes statistiques en
 dimension $1$ car ${\cal T}$ agit sur un espace vectoriel de dimension finie. On peut
\'egalement d\'efinir des matrices de transfert en dimension 2 (cf. r\'esolution du mod\`ele d'Ising
bidimensionnel dans le livre de Baxter), mais elles agissent sur un espace de dimension infinie \`a la
limite thermodynamique, ce qui conduit \`a des probl\`emes spectraux nettement plus compliqu\'es (et
parfois \`a une transition de phase). 

\section{M\'ethode du champ moyen}

Cette m\'ethode d'approximation, introduite par P. Weiss en 1907, conduit
pour la classe d'universalit\'e du mod\`ele d'Ising \`a un calcul
correct des exposants critiques pour $d>4$, comme nous le disions
dans la section 1; encore une fois, c'est la th\'eorie de la renormalisation
(via la th\'eorie de Landau) qui permet de le d\'emontrer. Nous  prendrons
cette m\'ethode pour argent comptant, sans chercher \`a la justifier; elle permet de pr\'edire pour
toute dimension (m\^eme pour $d=1$, ce qui montre, d'apr\`es la
section pr\'ec\'edente, qu'elle ne s'applique pas aux petites dimensions!) une
transition de phase ferromagn\'etique/paramagn\'etique comme dans les
transitions r\'eelles.

L'id\'ee, tr\`es grossi\`ere a priori, est de calculer l'\'energie d'un
spin en supposant que tous ses voisins ont un spin \'egal \`a l'aimantation
moyenne :
$$E_i=-JS_i\sum_{\lp i,j\rp} \lp S_j \rp-BS_i$$ o\`u l'on somme sur
tous les plus proches voisins $j$ du spin $i$;
suivant le signe de $S_i$, on trouve donc $E_i=\mp(qJM+B)$, $q=2d$
\'etant le nombre de plus proches voisins $j$. On peut donc estimer  que la
valeur moyenne de $S_i$ est donn\'ee par
$$\lp S_i\rp={e^{qJM+B}-e^{-qJM-B}\over e^{qJM+B}+e^{-qJM-B}}=
\th {qJM+B\over T},$$ ce qui conduit \`a l'{\it
\'equation d'auto-consistance} pour $M$
 ou {\it \'equation de champ moyen} suivante:
$$M=\th {qJM+B\over T},$$
qu'on utilise g\'en\'eralement sous la forme 
\begin{eqnarray}
\argth M={qJM+B\over T}.
\end{eqnarray}
 
Il est clair en tra\c cant le graphe du membre de gauche et du membre
de droite en fonction de $M$ que cette \'equation ne comporte pour $B$
donn\'e qu'une
solution pour $qJ/T<1$,  tendant lin\'eairement vers $0$ lorsque $B\to 0$. Posons
$T_C=qJ$. Pour $T<T_C$ et $B>0$, on trouve trois solutions, une premi\`ere franchement
 positive,
 une deuxi\`eme tendant vers $0$ pour $B\to 0$, et une troisi\`eme franchement n\'egative; un calcul
montre que la solution la plus stable (correspondant au minimum de
l'\'energie libre) est la premi\`ere.
 Un d\'eveloppement limit\'e de $\argth$ \`a
l'ordre 3 donne pour $B=0$
$${T_C\over T} M\simeq (M+{1\over 3}M^3),$$
d'o\`u (en \'eliminant la solution tendant vers $0$)
$$1+{M^2\over 3}\simeq {T_C\over T},$$
ou encore (en \'eliminant la solution n\'egative) 
$$M\simeq \sqrt{-3t}\sim |t|^{\half}$$
o\`u $t:={T-T_C\over T_C}$ est la {\it temp\'erature r\'eduite}.

La temp\'erature $T_C$ est donc bien une temp\'erature critique, avec
une phase ferromagn\'etique pour $T<T_C$, et paramagn\'etique pour
$T>T_C$; on trouve $\beta=\half$.

Voyons bri\`evement pour finir comment obtenir les exposants $\al,\gamma
$ et $\delta$.

\begin{enumerate}
\item{(exposant $\al$)}\\
En rempla\c cant chaque spin par sa valeur moyenne $M$, on trouve (le nombre de paires
de plus proches voisins \'etant \'egal \`a ${qN\over 2}$) :
$$U=-{q\over 2}JM^2(T)$$
d'o\`u $U=0$ $(T>T_c)$, $U\sim_{T\to T_C,\ T<T_C} {3\over 2} qJ{T-T_C\over T_C}={3\over 2} (T-T_C)$
et $C={dU\over dT}=0$ ($T>T_C$), $C={3\over 2}$ ($T<T_C$). La chaleur sp\'ecifique a donc une limite \`a gauche
et \`a droite en $0$ avec une discontinuit\'e; on trouve $\al=0$.
\item {(exposant $\gamma$)}\\
L'\'equation du champ moyen donne :
$${\partial B\over\partial M}\biggr|_{T}={T\over 1-M^2}-qJ=T\left( {1\over 1-M^2}-{T_C\over T}\right).$$
Si $T>T_C$, alors $M\to 0$ quand $B\to 0$ donc $\chi^{-1}\sim_{t\to 0}  Tt$; si $T<T_C$, 
$1-M^2\sim 1+3t$ quand $B=0$ donc $\chi^{-1}=T({1\over 1+3t}-1+t)\sim_{t\to 0} -2tT.$
On trouve donc $\gamma=1$ dans les deux cas.
\item {(exposant $\delta$)}\\
Pla\c cons nous sur l'isotherme critique $T=T_C$: alors un d\'eveloppement limit\'e \`a l'ordre 3 donne
${M^3\over 3}={B\over T_C}$, d'o\`u $\del=3$.
\end{enumerate}


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\end{thebibliography}


\end{document} 
