\documentclass[12pt,a4]{article}
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\def \lp {\langle}
\def \rp {\rangle}
\title{Quantification covariante des champs particulaires d'apr\`es S. 
Weinberg}
\author{J\'er\'emie Unterberger}
\date{Mardi 16 janvier 2001}


\begin{document}
\maketitle

La th\'eorie quantique des champs naquit dans les ann\'ees 30 du besoin de donner
 une 
description quantique coh\'erente des processus de collision de particules
 \'el\'ementaires comportant 
la cr\'eation ou la destruction de particules. Le formalisme, appliqu\'e tout
 d'abord \`a des particules 
simples comme les particules scalaires de spin $0$ (ob\'eissant \`a l'\'equation
 de Klein-Gordon) ou 
les photons, s'inpira de la th\'eorie de l'oscillateur harmonique quantique.
 Les champs de particules 
-- champ \'electromagn\'etique ou champ associ\'e aux photons, champ \'electronique...
 -- furent vus 
comme la quantification d'une cha\^\i ne continue de "vibrations \'elastiques"
 \'el\'ementaires r\'egies par 
des oscillateurs harmoniques, chaque op\'erateur de cr\'eation ou d'annihilation
 \'etant vu (par 
l'interm\'ediaire d'une transformation de Fourier ad\'equate) comme un op\'erateur
 "cr\'eant" ou 
"d\'etruisant" effectivement une des particules du champ.
	C'est sous cet angle que les trait\'es introductifs pr\'esentent en
 g\'en\'eral la th\'eorie quantique 
des champs.


Inspir\'es par le livre de S. Weinberg (cf. [1]), nous proposons ici une
 approche 
math\'ematiquement plus constructive, fond\'ee sur le principe d'invariance
 sous le groupe de 
Poincar\'e. A toute particule \'el\'ementaire est associ\'ee comme suit une
 repr\'esentation unitaire 
irr\'eductible de celui-ci. Suivant la reformulation quantique d'un groupe 
de sym\'etrie, la fonction 
d'onde d'une particule relativiste satisfait une \'equation d'\'etat --
 \'equation de Dirac par exemple -- 
d\'efinie par un op\'erateur qui commute avec l'action du groupe de Poincar\'e
 sur le groupe de 
Hilbert. Par cons\'equent, l'espace des \'etats de la particule est invariant
 sous l'action de ce groupe. 
Si l'on suppose que le groupe de sym\'etrie ne peut \^etre \'elargi, alors le groupe
 de Poincar\'e doit agir 
de mani\`ere irr\'eductible.

Les champs op\'eratoriels associ\'es \`a une particule sont alors construits en partant d'un postulat de
covariance. Le principe de causalit\'e d\'efini ci-dessous restreint la liste des champs possibles et
conduit \`a l'introduction d'antiparticules pour les particules poss\'edant une charge.

Nous verrons enfin, dans le cas de l'\'electromagn\'etisme,
 pourquoi les th\'eories de jauge sont n\'ecessaires pour construire un champ covariant associ\'e
\`a une particule non massive.

\section{Qu'est-ce qu'une particule \'el\'ementaire ? ou encore :
 th\'eorie des repr\'esentations 
irr\'eductibles du groupe de Poincar\'e}

Rappelons tout d'abord que le groupe de Poincar\'e $SO_0(1,3)\times \R^4$ est le
 produit 
semi-direct des translations d'espace-temps par le groupe de Lorenz
 $SO_0(1,3)$; ce dernier 
est  lui-m\^eme engendr\'e par les rotations d'espace et les boosts relativistes
$$x\mapsto \gamma(x-vt),\quad t\mapsto \gamma(t-{v\over c^2}x)$$
($c$=vitesse de la lumi\`ere, $\gamma={1\over \sqrt{1-v^2/c^2}}$), qui
 deviennent les 
translations d'espace \`a vitesse constante lorsque $c$ tend vers l'infini.
 Si $p=(p^{\mu})\in\R^4$, 
on notera $p^2=(p^0)^2-(p^1)^2-(p^2)^2-(p^3)^2$ sa pseudo-norme minkowskienne;
 elle est 
invariante sous l'action du groupe de Lorentz.

Dans toute la suite, nous poserons $c=\hbar=1$.Nous noterons indiff\'eremment $x_0$ ou $t$. Le vecteur constitu\'e par les trois composantes spatiales de $x$
sera not\'e $\vec x$.

Soit $\cal H$ l'espace de Hilbert des \'etats d'une particule \'el\'ementaire, muni
 d'une 
repr\'esentation irr\'eductible $U=U(g,a), g\in SO_0(1,3), a\in\R^4$ du groupe de
 Poincar\'e (cf. 
introduction), ou plus pr\'ecis\'ement de son rev\^etement universel. Conform\'ement \`a
 l'interpr\'etation 
quantique des groupes de sym\'etrie, nous appellerons  {\it quadrivecteur}
(op\'eratoriel)  d'\'energie-impulsion le 
quadruplet $P=(P^{\mu})$ d'op\'erateurs infinit\'esimaux de la repr\'esentation
$(i{\partial\over\partial t}, i{\partial\over\partial x})$. C'est la
 transformation de $P$ sous 
l'action du groupe de Poincar\'e:
$$U(g,a)PU(g,a)^{-1}=g.P$$ ($g$ agissant sur les composantes du vecteur $P$
 suivant 
l'action naturelle de $SO_0(1,3)$ sur les $4$-vecteurs) qui donne lieu au
 nom de quadrivecteur.

Suivons la construction par Wigner des repr\'esentations unitaires
 irr\'eductibles 
physiquement int\'eressantes du groupe de Poincar\'e, sans entrer dans les d\'etails
 math\'ematiques 
(cf. expos\'es de M. Laoues pour plus de pr\'ecision). Soit $\psi_{k_0}$ un vecteur
 propre de $P$ 
d'\'energie-impulsion $k_0=(k_0^{\mu})_{\mu}$; autrement dit, $P^{\mu}\psi_{k_0}=k_0^{\mu}\psi_{k_0}$ pour
$k=0,\ldots,3$. Si $g\in 
SO_0(1,3)$, alors $U(g)^{-1}\psi_{k_0}$ est vecteur propre de $P$ d'\'energie-impulsion 
$g.k_0$ (cela d\'ecoule en effet directement du fait que $P$ est un
 quadrivecteur). Comme $U$ est 
irr\'eductible,  les vecteurs d'\'energie-impulsion possibles forment l'orbite de
 $k_0$ sous l'action 
du groupe de Lorentz. Le nombre $m^2:=k_0^2$ est donc un invariant de la
 repr\'esentation; on 
appelle $m$ la ${\it masse}$ de la particule. La relation d'Einstein $E^2-p^2
 c^2=m^2 c^4$, une 
fois quantifi\'ee, montre que $k_0^2$ s'interpr\`ete en effet naturellement comme
 le carr\'e de la masse 
de la particule et  doit \^etre positif ou nul. On choisit \'evidemment $m\ge 0$.
 En particulier, la 
fonction d'onde $\psi$ d'une particule \'el\'ementaire de masse $m$ satisfait \`a
 l'\'equation dite de {\it 
Klein-Gordon } :
$$(\square-m^2)\psi:=({\partial^2\over\partial t^2}-{\partial^2\over\partial 
x_1^2}-{\partial^2\over\partial x_2^2}-{\partial^2\over\partial x_3^2}-m^2)
\psi=0.$$

Soit $H$ (commun\'ement appel\'e {\it petit groupe}) le sous-groupe de $SO_0(1,3)$
 fixant 
$k_0$, $\pi$ la restriction de la repr\'esentation $U$ \`a $H$, et $V$ l'espace
 des vecteurs 
d'impulsion $k^0$ (il ne d\'epend pas, \`a isomorphisme pr\`es, du choix de $k^0$ 
dans l'orbite). 
Suivant la valeur de $m^2$ (suppos\'e positif ou nul pour les raisons physiques
 mentionn\'ees ci-dessus), on distingue deux cas : 

-- masse strictement positive : on peut choisir $k_0=(m,0,0,0)$. Alors
 $H\simeq SO(3)$. 
Les repr\'esentations de $SU(2)$, rev\^etement universel de $SO(3)$, sont
 caract\'eris\'ees par leur spin 
$s=0,{1\over 2},1,\ldots$. Le spin de la particule est d\'efini par dim
 $V=2s+1$. En particulier, si 
$s=0$, alors $V$ est trivial et la particule est dite {\it scalaire}.


-- masse nulle : on peut choisir $k_0=(1,1,0,0)$. Alors $H$ est isomorphe
 au groupe des 
d\'eplacements du plan, \`a savoir, au produit semi-direct des rotations du plan
 par les translations du 
plan. Les repr\'esentations "physiquement int\'eressantes"
 de ce groupe sont classifi\'ees par un demi-entier (correspondant \`a un
 rev\^etement d'ordre deux 
du groupe des rotations), appel\'e {\it h\'elicit\'e}, leur restriction aux
 translations \'etant triviale.  La construction des champs associ\'es aux particules non massives
pose des probl\`emes particuliers dus \`a ces degr\'es de libert\'e suppl\'ementaires ``exclus'', qui
sont li\'es \`a la d\'efinition d'une jauge (cf. infra).

Indexons les \'etats d'impulsion $k_0$ -- les \'etats dans $V$ - par un indice 
$\sigma$ : ils 
seront not\'es $\psi_{k_0,\sigma}$. A tout $p$ dans l'orbite de $k_0$, on
 associe de fa\c con continue un \'el\'ement 
$L(p)$ de $SO_0(1,3)$ tel que $L(p). k_0=p$ -- autrement dit, on d\'efinit une section de la projection
$SO_0(3,1)\to SO_0(3,1)/H$ (cf. deuxi\`eme expos\'e de M. Laoues). On d\'efinit 
$$\psi_{p,\sigma}=N(p)U(g)\psi_{k_0,\sigma},$$ o\`u $N(p)$ est un facteur de 
normalisation a 
priori arbitraire. On peut alors d\'emontrer que
$$U(g)\psi_{p,\sigma}={N(p)\over N(gp)} \pi(W(g,p)) \psi_{g.p,\sigma},$$ où 
$W(g,p):=\pi(L(gp)^{-1}gL(p))$ est appel\'ee {\it rotation de Wigner}. De
 cette mani\`ere, la 
repr\'esentation $U$ est totalement d\'etermin\'ee.

Il reste encore \`a fixer le produit scalaire et le facteur de normalisation
 $N(p)$. Si l'on 
souhaite avoir $(\psi_{p',\sigma'},\psi_{p,\sigma})=\delta({\bf p'},{\bf p})
 (v_{\sigma},
v_{\sigma'})$, o\`u $\delta$ est la "fonction delta" sur l'orbite munie de la
 mesure invariante
${dp^1 dp^2  dp^3\over p^0}$, alors il faut poser $N(p)=\sqrt{k_0^0/p^0}.$ Nous verrons
dans la section suivante comment s'interpr\`ete physiquement ce produit scalaire. Remarquons en attendant
que les vecteurs d'impulsion donn\'ee $\psi_{p,\sigma}$ sont des vecteurs-distributions de la
repr\'esentation $U$ correspondant \`a des fonctions $\delta$ en $p$,
 les \'el\'ements de l'espace de Hilbert \'etant les fonctions de $p$ de carr\'e
int\'egrable pour la mesure invariante sur l'orbite.




\section{Vers la th\'eorie quantique des champs : construction de l'espace de
 Fock et bases de 
la th\'eorie du scattering}

Rappelons que la th\'eorie quantique des champs est n\'ee du besoin de d\'ecrire des
 processus 
de collision cr\'eant et d\'etruisant des particules. La construction de l'espace
 des champs est donc 
intimement li\'ee \`a la th\'eorie du {\it scattering} (ou diffusion) dont il sera
 question ci-dessous. 
Contentons nous d'en donner une esquisse tr\`es rudimentaire pour la diffusion
 d'une particule en 
m\'ecanique quantique \'el\'ementaire afin de motiver la d\'efinition de l'espace de
 Fock. Cette particule 
est "libre" aux temps $t=-T$ et $t=T$, o\`u $T$ est sup\'erieur au temps 
d'interaction (disons par 
exemple qu'elle ob\'eit \`a l'\'equation de Schrödinger sans potentiel); notons
 $\psi_{in}$ (resp. 
$\psi_{out}$) un \'etat de la particule en $t=-T$  (resp. $t=T$). Alors la
 probabilit\'e de transition 
entre l'\'etat $\psi_{in}$ et l'\'etat $\psi_{out}$ est \'egale, d'apr\`es l'interpr\'etation
standard de la m\'ecanique quantique (cf. expos\'e de D. Karevski),  \`a $| \lp\psi_{out},
e^{i\int_{-T}^{T} H(t)\ 
dt }\psi_{in}\rp|^2.$  

Une extension de cette th\'eorie du scattering \`a la th\'eorie des champs, faite
 de fa\c con \`a 
expliquer les cr\'eations et destructions de particules, doit alors comporter
 les \'el\'ements suivants :

-- un espace d'\'etats "libres" $\cal F$ (dit espace de Fock), produit tensoriel en un 
certain sens des 
espaces d'\'etat d'une particule, muni d'un produit scalaire qui s'annule entre
 deux \'etats ne 
comportant pas le m\^eme nombre de particules de chaque esp\`ece;

-- un hamiltonien libre conservant le nombre de particules de chaque esp\`ece;

-- un hamiltonien d'interaction modifiant le nombre de particules de chaque
 esp\`ece, qui sera 
construit \`a partir d'op\'erateurs de cr\'eation et d'annihilation de chaque
 particule.

Les \'etats libres sont des combinaisons lin\'eaires des  $\Phi_{p_1\sigma_1 n_1
\ldots 
p_k\sigma_k n_k}$ $(k=0,1,\ldots)$, \'etats \`a $k$ particules comportant pour 
chaque 
$j=1,\ldots,k$ une particule de "type $ n_j$" (c'est-\`a-dire caract\'eris\'ee par sa
 masse $m=m_{n_j}$, 
\'eventuellement par son comportement vis-\`a-vis de groupes suppl\'ementaires de
 sym\'etrie, et par sa 
nature de {\it boson} ou de {\it fermion} comme nous le verrons ci-dessous),
 dans son \'etat 
d'\'energie-impulsion $p_j$ et son \'etat de "spin" $\sigma_j$. Notons que les
 types $n_j$  ne sont 
pas n\'ecessairement distincts deux \`a deux. Supposons par exemple que
 $n_1=n_2=n$. Les 
particules 1 et 2 \'etant identiques, les \'etats quantiques
 $\psi_{p_1\sigma_1 n\ldots p_2\sigma_2 
n\ldots}$ et $\psi_{p_2\sigma_2 n\ldots p_1\sigma_1 n\ldots}$ ne se
 distinguent au plus que par 
une phase, c'est-\`a-dire un nombre complexe de module $1$. Comme le
 carr\'e de l'op\'erateur 
d'\'echange $(p_1,\sigma_1)\mapsto(p_2,\sigma_2)$ est \'egal \`a l'identit\'e,
 cette phase vaut 
n\'ecessairement $\pm 1$ -- cet argument traditionnel n'est d'ailleurs pas parfaitement convaincant puisque la
phase peut d\'ependre des impulsions (cf. ``anyons'' en dimension 2 dans ???).
 Si elle vaut $1$, alors la particule est dite
 {\it bosonique}; dans le cas 
contraire, elle est dite {\it fermionique}. Autrement dit,
 si $n_1,\ldots,n_k$ d\'esignent les particules de 
type bosonique et $n'_1,\ldots,n'_{k'}$ celles de type fermionique,
 alors l'espace de Fock s'\'ecrit 
$\otimes_{j=n_1,\ldots,n_k} S({\cal H}_{n_j})\otimes_{j=n'_1,\ldots,n'_{k'}}
 A({\cal 
H}_{n'_j})$, o\`u ${\cal H}_{n_j}$ est l'espace d'\'etats d'une particule de type
 $n_j$, $S$ est 
l'alg\`ebre tensorielle sym\'etrique et $A$ l'alg\`ebre tensorielle antisym\'etrique.


Par construction, il existe un \'etat "vide" (not\'e $\Phi_0$, ou souvent $|0\!>$
 dans les trait\'es) 
unique \`a un scalaire pr\`es. Dans ce qui suit on \'ecrira pour simplifier $q$
 pour $(p,\sigma,n)$. On 
construit un produit scalaire sur l'espace de Fock comme suit \-:

$${\mathrm{(\'etat\ vide)}} \lp\Phi_0,\Phi_0\rp=1;$$
$${\mathrm{(\'etats\ \`a\ une\ particule)}} \lp \Phi_{q'},\Phi_{q}\rp=\delta({\bf p'},
{\bf p})
\lp 
v_{\sigma'}, v_{\sigma}\rp \quad (n=n'), \ 0\  {\mathrm{sinon}};$$
$${\mathrm{(\'etats\ \`a\ deux\ particules)}} \lp \Phi_{q'_1 q'_2},\Phi_{q_1 q_2}\rp= \lp 
\Phi_{q'_1},\Phi_{q_1}\rp  \lp \Phi_{q'_2},\Phi_{q_2}\rp \pm \lp \Phi_{q'_1},
\Phi_{q_2}\rp  
\lp \Phi_{q'_2},\Phi_{q_1}\rp,$$ le signe d\'ependant de la nature des 
particules; et ainsi de suite. 
Comme expliqu\'e ci-dessus, le produit scalaire entre deux \'etats ne comportant
 pas le m\^eme nombre 
de particules du m\^eme type est n\'ecessairement nul. 

On peut maintenant d\'efinir des op\'erateurs de {\it cr\'eation} $a^*(q)$:
$$a^*(q) \Phi_{q_1\ldots q_n}=\Phi_{qq_1\ldots q_n}.$$ Leurs adjoints $a(q)$
 sont 
appel\'es naturellement op\'erateurs d'{\it annihilation} puisqu'ils v\'erifient
$$a(q)\Phi_0=0,\quad a(q)\Phi_{q_1\ldots q_n}=\lp\Phi_q,\Phi_{q_1}\rp \Phi_
{q_2\ldots
q_n}\pm \lp\Phi_q,\Phi_{q_2}\rp\Phi_{q_1 q_3\ldots q_n}\pm\ldots$$ suivant la
 nature 
des particules (les signes sont les m\^emes que ceux qui apparaissent lorsqu'on
 fait le produit 
int\'erieur d'un tenseur sym\'etrique ou d'une forme diff\'erentielle par un champ de vecteurs).

Notons $[\ ,\  ]_-$ le commutateur usuel de deux op\'erateurs, et $[\ ,\ ]_+$
 l'anticommutateur. 
On v\'erifie facilement que $[a(q'),a^*(q)]_{\mp}=\lp\Phi_{q'},\Phi_q\rp$,
 en prenant le 
commutateur dans le cas bosonique et l'anticommutateur dans le cas
 fermionique. On trouve ainsi 
des relations de commutation tout \`a fait analogues \`a celles des oscillateurs
 harmoniques bosonique 
et fermionique habituels (cf. expos\'e de D. Karevski). En particulier, la densit\'e de particules
d'\'etat $q$ est proportionnelle au nombre d'occupation $a^*(q)a(q)$. La m\'ecanique quantique standard
donne donc l'{\it hamiltonien libre}
$$H_0=\sum_n \int_{\sigma} k_0 a^*(k,\sigma,n) a(k,\sigma,n)\ d^3 k.$$
On v\'erifie 
$$H_0\ .\ \Phi_0=0,\ [H_0,a^*(k,\sigma,n)]=k_0 a^*(k,\sigma,n):$$
le vide a une \'energie nulle et  chaque particule suppl\'ementaire
 de type $n$ et d'\'energie-impulsion $k$ apporte une \'energie $k_0$.
En particulier, l'\'equation d'\'evolution libre $$-i{\partial\over\partial t}\Phi=H_0 \Phi$$
$(\Phi\in{\cal F})$ conserve tout naturellement les \'etats particulaires $\Phi_{q_1\ldots q_n}$ \`a
une phase pr\`es.

Notons que ``tout op\'erateur'' $\cal O$ s'\'ecrit \`a l'aide des op\'erateurs de cr\'eation et d'annihilation;
disons plus modestement que, quelles que soient les valeurs des coefficients matriciels
 $\lp\psi_{q'_1\ldots q'_n},{\cal O}\psi_{q_1\ldots q_n}\rp$ pour $m\le m_0$, $n\le n_0$, on peut
d\'eterminer un ``polyn\^ome'' en les $a$ et $a^*$, \`a savoir un op\'erateur du type
\begin{eqnarray*}
\sum_{M\le m_0}\sum_{N\le n_0} & \int& dq'_1\ldots dq'_M dq_1\ldots dq_N C_{M,N}(q'_1,\ldots,q'_M,
q_1,\ldots,q_N) \\ & a^* &(q'_1)\ldots a^*(q'_M)a(q_1)\ldots a(q_N)
\end{eqnarray*}
dont les coefficients matriciels ci-dessus co\"\i ncident avec ceux de $\cal O$.

Essayons de comprendre maintenant un processus de collision. Il est d\'efini par l'\'equation d'\'evolution
$$-i{\partial\over\partial t}\psi(t)=H\psi(t),\quad \psi(t)\in{\cal F}$$
o\`u $H=H_0+V$ est une perturbation de l'hamiltonien libre $H_0$. Le postulat debase de la th\'eorie
du scattering est que, les processus de collision ne durant qu'un temps fini (de l'ordre de la microseconde 
en pratique), on peut d\'efinir une base d'\'etats ``entrants'' ou ``in'' $\psi_{in,\al}=\psi_{in,q_1\ldots
q_n}$ et une base d'\'etats ``sortants'' ou ``out'' $\psi_{out,\beta}=\psi_{out,q'_1\ldots q'_m}$ de sorte
que
$$e^{i\int_0^t H(\theta)d\theta} \psi_{in,\al}\sim_{t\to -\infty} e^{iH_0 t} \Phi_{\al}$$
et
$$e^{i\int_0^t H(\theta)d\theta} \psi_{out,\beta}\sim_{t\to +\infty} e^{iH_0 t} \Phi_{\beta}.$$
Supposons un instant que $V\biggr|_{t\le 0}=0:$ alors, d'\'evidence, $\psi_{in,\al}=\Phi_{\al}$. De mani\`ere
g\'en\'erale, la transtion entre les \'etats ``in'' et ``out'' repr\'esente donc l'\'evolution d'un syst\`eme
de particules initialement libres \`a travers un processus de collision, redonnant ultimement tel ou tel
autre syst\`eme de particules libres avec une certaine probabilit\'e. L'objet fondamental de ces processus
est donc la ``matrice S'' suivante:
$$S_{\al\beta}=\lp\psi_{in,\al},\psi_{out,\beta}\rp,$$
qui donne les amplitudes de transition entre les \'etats ``in'' et les \'etats ``out''.

Posons $\Omega(t)=e^{ -i\int_0^t H(\theta)d\theta}e^{itH_0}$ (dit {\it op\'erateur d'\'evolution});
notons que $\Omega(t)$ repr\'esente effectivement l'\'evolution du syst\`eme {\it en repr\'esentation
d'interaction}, i.e., en prenant \`a tout instant pour base de l'espace de Focke $\cal F$ les \'etats
$\Phi_{q_1\ldots q_n}$ consid\'er\'es comme invariants dans le temps. Alors on peut r\'e\'ecrire formellement
les postulats pr\'ec\'edents sous la forme $$\psi_{in,\al}=\Omega(-\infty)\Phi_{\al}, \psi_{out,\beta}
=\Omega(+\infty)\Phi_{\beta}.$$
On d\'efinit \'egalement l'''op\'erateur S'' (op\'erateur d'\'evolution lui aussi) par
$S=\lim_{t'\to+\infty,t\to-\infty} U(t',t)$, o\`u
$$U(t',t)=\Omega(t')^* \Omega(t)=e^{ i\int_t^{t'}H(\theta)\ d\theta} e^{itH_0}.$$
La matrice $S$ repr\'esente l'op\'erateur $S$ dans la base des \'etats libres: en effet, formellement,
$$\lp\Phi_{\beta},S\Phi_{\al}\rp=\lim_{t\to-\infty,t'\to+\infty} \lp\Omega(t')\Phi_{\beta},
\Omega(t)\Phi_{\al}\rp=\lp\psi_{out,\beta},\psi_{in,\al}\rp.$$
On peut donner facilement une expression explicite (formelle \'evidemment) de l'op\'erateur S:

\begin{lemme}
\begin{eqnarray*}
 S&=& T\exp i\int_{-\infty}^{+\infty} \tilde{V}(t)\ dt\\ &:=& 1+\sum_n {i^n\over n!} \int dt_1\ldots
dt_n T(\tilde{V}(t_1)\ldots \tilde{V}(t_n))
\end{eqnarray*}
o\`u $\tilde{V}(t)=e^{-itH_0}V(t)e^{itH_0}$ est l'expression du potentiel dans la repr\'esentation
d'interaction, et 
 $T((\tilde{V}(t_1)\ldots \tilde{V}(t_n))=T(\tilde{V}(t_{\sigma(1)})\ldots \tilde{V}(t_{\sigma(n)}))$
pour la permutation $\sigma$ d\'efinie par $t_{\sigma(1)}>\ldots>t_{\sigma(n)}.$
\end{lemme}


{\it D\'emonstration:}

D\'eterminons tout d'abord une \'equation diff\'erentielle r\'egissant l'op\'erateur d'\'evolution:
\begin{eqnarray*}
-i{\partial\over\partial t} U(t,t_0)&=& -i{\partial\over\partial t}\big[
e^{-itH_0} e^{i\int_{t_0}^t H(\theta)\ d\theta} e^{itH_0}\big] \\
&=& \big[ -H_0+e^{-itH_0} H(t) e^{itH_0}\big] U(t,t_0)\\
&=& \tilde{V}(t) U(t,t_0).
\end{eqnarray*}

On en d\'eduit
$$U(t,t_0)=i\int_{t_0}^t \tilde{V}(t_1)U(t_1,t_0)\ dt_1,$$ puis, par r\'ecurrence,
$$U(t,t_0)=i^n \int_{t_0}^t \tilde{V}(t_1)\ dt_1\ .\ \int_{t_0}^{t_1} \tilde{V}(t_2)\ dt_2\ \ldots
\int_{t_0}^{t_{n-1}} \tilde{V}(t_n)U(t_n,t_0)\ dt_n,$$
d'o\`u le lemme.
\cqfd

Les processus physiques doivent \^etre {\it invariants} sous l'action  du groupe de Poincar\'e; dans le cadre de la th\'eorie
du scattering, cela signifie tr\`es pr\'ecis\'ement que l'op\'erateur $S$ doit commuter avec l'action $U_0$ du groupe de Poincar\'e
sur l'espace de Fock. C'est une condition tr\`es forte. Elle conduit \`a poser l'hypoth\`ese suivante (cf. expos\'e de Malte Henkel
du 27/11/00): $\tilde{V}$ est l'int\'egrale d'une densit\'e de potentiel covariante $\cal H$, i.e.
\begin{eqnarray}
\tilde{V}(t)=\int_{\R^3} {\cal H}(x,t)\ dx\\
U_0(g,a){\cal H}(x)U_0(g,a)^{-1}={\cal H}(gx+a).
\end{eqnarray}
L'expression de $S$ donn\'ee dans le lemme pr\'ec\'edent nous montre que sous cette hypoth\`ese, $S$ commute effectivement avec
$U_0$ \`a condition que ${\cal H}$ v\'erifie l'hypoth\`ese de {\it causalit\'e} suivante:
\begin{equation}
[{\cal H}(x),{\cal H}(y)]=0\quad \forall(x,y)\ \backslash\ (x-y)^2<0.
\end{equation}
Cette condition signifie de fa\c con imag\'ee que les processus qui ont lieu en deux points s\'epar\'es par un intervalle
de genre espace sont ind\'ependants, car aucun ``message'' ne peut parvenir de l'un \`a l'autre.


En effet, si $(x-y)^2>0$ -- autrement dit, si $x-y$ appartient \`a un feuillet d'hyperbolo\"\i de \`a deux feuillets --, alors
$(g.x)^0-(g.y)^0=(g.(x-y))^0$ a le m\^eme signe que $x^0-y^0$, donc l'action de l'op\'erateur de time-ordering $T$ commute avec
l'action par conjugaison de $U_0$ sur les produits ${\cal H}(x) {\cal H}(y)$ apparaissant dans l'expression de $S$. Si, en
revance, $(x-y)^2<0$, alors l'action de $T$ sur ${\cal H}(gx){\cal H}(gy)$ peut conduire \`a une permutation diff\'erente.

L'id\'ee est alors de construire $\cal H$ \`a l'aide de champs libres v\'erifiant une hypoth\`ese de covariance analogue \`a $(2)$
et permettant d'obtenir facilement la condition de causalit\'e $(3)$. C'est ce que nous allons faire dans la derni\`ere section.

\section{Quantification covariante du champ libre}

\subsection{Construction g\'en\'erale}

Construisons
 des champs op\'eratoriels $\hat{\psi}^-=(\hat{\psi}_l^-)_l$ (resp.  $\hat{\psi}^+=(\hat{\psi}_l^+)_l$)
 \`a l'aide de combinaisons lin\'eaires des op\'erateurs d'annihilation $a(p,\sigma,n)$ (resp. de cr\'eation
$a^*(p,\sigma,n)$)  d'une particule de type $n$:
\begin{equation}
\hat{\psi}_l^-(x)=\int d\sigma\ \int d^3 p\ u_l(x;p,\sigma,n) a(p,\sigma,n).
\end{equation} 
On souhaite les interpr\'eter comme quantification des champs classiques. En particulier, ils doivent avoir les m\^emes propri\'et\'es
de covariance. Prenons les trois exemples physiques les plus connus (champ $\phi$ d'une particule scalaire, potentiel
 \'electromagn\'etique $A$, champ \'electronique $\psi$). Ces champs v\'erifient les \'equations suivantes :
\begin{eqnarray}
(\square-m^2)\phi(x)=0,\quad \phi(x)\in\C;\\
(\square-m^2)A(x)=0, \quad A(x)\in\C^4;\\
(\gamma^{\mu}\partial_{\mu}-m)\psi(x)=0,\quad \psi(x)\in\C^4.
\end{eqnarray}

Ces \'equations doivent avoir la m\^eme forme dans les coordonn\'ees $x'$ induites par une transformation de Poincar\'e $(g,a)\in
SO_0(1,3)\times\R^4$ : si l'on pose $$\phi'(x')=\phi(x), \ A'(x')=g.(A(x)),\ \psi'(x')=S(g)\psi(x),$$
alors les \'equations ci-dessus restent vraies en mettant des primes partout :
$$(\square'-m^2)\phi'(x')=0, (\square'-m^2)A'(x')=0, (\gamma^{\mu}\partial_{\mu}'-m)\psi'(x')=0.$$
Rappelons comment d\'efinir la repr\'esentation $S: SO_0(1,3)\to GL(4,\R).$ Notons $J^{\mu\nu}$ $(\mu,\nu=0,\ldots,3)$ l'\'el\'ement
de $\so(1,3)$ tel que $(J^{\mu\nu})_{\mu',\nu'}=\del_{\mu,\mu'}\del_{\nu,\nu'}\pm\del_{\mu,\nu'}\del_{\nu,\mu'}.$ On pose
$$dS(J^{\mu\nu})=-{i\over 4} [\gamma^{\mu},\gamma^{\nu}].$$ Un simple calcul montre que $$S(g^{-1})\gamma S(g)=g.\gamma.$$
Comme $\gamma^{\mu}\partial_{\mu}=(g.\gamma)^{\mu}\partial'_{\mu}$, l'\'equation (4) donne bien
\begin{eqnarray*}
0&=& S(g) \left( (g.\gamma)^{\mu}\partial'_{\mu}-m\right)S(g^{-1})\psi'(x')\\
 &=& (\gamma^{\mu}\partial_{\mu}'-m)\psi'(x').
\end{eqnarray*}

Quantifions de la mani\`ere la plus naturelle possible ces propri\'et\'es de covariance. Notons $D$ l'action de $SO_0(1,3)\times\R^4$
sur le champ classique $\psi$ de la particule (remarquons que l'action des translations est toujours triviale). Alors on impose
les relations suivantes:
$$U_0(g,a)\hat{\psi}_l^{\pm}(x)U_0^{-1}(g,a)=(D(g)\hat{\psi}^{\pm})_l(gx+a).$$

L'action de $U_0$ sur les op\'erateurs d'annihilation se d\'eduit de l'\'equation (2) et de l'expression
donn\'ee dans la section 1 pour la repr\'esentation de Wigner :
\begin{eqnarray}
U_0(g,0)a(p,\sigma,n)U_0^{-1}(g,0)=\sqrt{(g.p)^0\over p^0} \left(D(W^{-1}(g,p))a(\overrightarrow{g.p},.,n)\right)(\sigma)
\\  U_0(1,b)a(p,\sigma,n)U_0^{-1}(1,b)=e^{ib.p} a(\vec p,\sigma,n);
\end{eqnarray} l'action sur les op\'erateurs de cr\'eation est donn\'ee par l'adjointe des actions pr\'ec\'edentes.

La compatibilit\'e de $(4)$ et $(9)$ implique
$$u_l(x;\vec p,\sigma,n)=e^{ip.x} u_l(\vec p,\sigma,n)$$ et de m\^eme
$$v_l(x;\vec p,\sigma,n)=e^{-ip.x} v_l(\vec p,\sigma,n).$$
Chacune des composantes $\hat{\psi}_l^{\pm}$ v\'erifie donc l'\'equation de Klein-Gordon de masse $m$.

Qu'en est-il  de la compatibilit\'e des \'equations $(4)$ et $(8)$ ?
Notons $\cal J$ le vecteur $(J^{23},J^{31},J^{12})$,  $\cal K$ le vecteur $(J^{01},J^{02},J^{03})$, et ${\cal A}=\half ({\cal J}
+i{\cal K})$, ${\cal B}=\half ({\cal J}-i{\cal K}).$ Alors les composantes de $\cal A$ et de $\cal B$ forment deux alg\`ebres
isomorphes \`a $\su(2)$ et qui commutent; elles r\'ealisent explicitement l'isomorphisme $\so(4)\simeq \su(2)\times\su(2).$ Une 
repr\'esentation de dimension finie de $SO_0(3,1)$ est donc d\'etermin\'ee par deux demi-entiers $(a,b)$ caract\'erisant sa
restriction \`a chacune de ces deux alg\`ebres. Notons que ${\cal J}={\cal A}+i{\cal B}.$ Un th\'eor\`eme bien connu sur les
produits tensoriels des repr\'esentations de $\su(2)$ montre que les composantes d'un champ d'indices $(a,b)$ tournent
-- i.e. se transforment sous l'action du sous-groupe des rotations, donn\'e par les composantes de $\cal J$ --  comme des
objets de spin $j$, o\`u $j=a+b,a+b-1,\ldots,|a-b|.$ 

La compatibilit\'e des \'equations $(4)$ et $(8)$ implique donc que $a+b-j$ soit entier. Inversement, si $a+b-j$ est entier, alors
il existe (\`a une constante pr\`es) un seul champ $(\hat{\psi}^-,\hat{\psi}^+)$ associ\'e \`a la repr\'esentation $(a,b)$ et \`a
une particule (fermionique ou bosonique) de spin $s$ et de masse $m\not=0.$

La condition de causalit\'e conduit  au fameux {\it spin-statistics theorem} : une particule est bosonique ou fermionique
selon que son spin $s$ est demi-entier ou entier (cf. [Wei], chap. 5, p. 238). Nous ne le d\'emontrerons pas mais nous le
v\'erifierons sur des exemples particuliers.

Enfin, le cas $m=0$ est sp\'ecial : nous verrons ci-dessous l'exemple du champ \'electromagn\'etique.

\subsection{Cas du champ scalaire massif non charg\'e}
Le champ est dit {\it scalaire} si $D$ est la repr\'esentation triviale d'indices $(0,0)$. D'apr\`es la remarque pr\'ec\'edente,
ce champ est n\'ecessairement associ\'e \`a une particule de spin nul.

Soit  $k=(m,0,0,0)$ le vecteur \'energie-impulsion standard, et $L(q)$ le boost standard d\'efinie par $L(q).k=q$, $q^2=m^2$
(cf. section 1). Alors $W(L(q),k)=1$ donc (avec une normalisation convenable)
$$u(q)=\sqrt{m\over q^0} u(0)={1\over \sqrt{2q^0}};$$
de m\^eme pour $v(q).$

Ainsi, $$\hat{\psi}^-=\int {d^3 p\over\sqrt{2p^0}} a(\vec p) e^{ip.x}$$ et
$$\hat{\psi}^+=(\hat{\psi}^-)^*=\int {d^3 p\over\sqrt{2p^0}} a(\vec p) e^{-ip.x}$$

Nous devons encore v\'erifier la condition de causalit\'e. Supposons $(x-y)^2<0.$ Alors
\begin{eqnarray*}
[\hat{\psi}^-(x),\hat{\psi}^+(y)]_{\pm}&=& \int {d^3 p \ d^3 p'\over 2\sqrt{p^0 p'^0}}\ e^{ip.x} e^{-ip'.y} \del^3(\vec p-\vec p')\\
&=& \Del_+(x-y)
\end{eqnarray*}
o\`u
\begin{equation}
\Del_+(z)=\int {d^3 \vec p\over 2p^0} e^{ip.z}.
\end{equation}

Cette distribution est Lorentz-invariante puisque ${d^3 p\over 2p^0}$ est la mesure invariante canonique sur l'hyperbolo\"\i de
de masse. En particulier, si $z^2<0$, on a
$$\Del_+(z)=\Del_+(0,\sqrt{-z^2},0,0)={4\pi\over\sqrt{-z^2}}
 \int_0^{\infty} {p\ dp\over 2\sqrt{p^2+m^2}} \sin(p\sqrt{-z^2});$$
on peut donner un sens \`a l'int\'egrale, ce qui permet de d\'efinir une fonction paire $C^{\infty}$ sur l'ouvert $z^2<0$
 (dite fonction de Hankel). Elle 
n'est pas nulle. En revanche,
$\hat{\psi}=\hat{\psi}^- +\hat{\psi}^+$ v\'erifie pour $(x-y)^2<0$
$$[\hat{\psi}(x),\hat{\psi}(y)]_{\mp} =\Del(x-y):= \Del_+(x-y)\mp\Del_+(y-x).$$
On trouve donc un champ causal \`a condition que la particule soit bosonique (on retrouve dans ce cas particuler le th\'eor\`eme
spin-statistics). 

Notons au passage que les fonctions $\Del$ et $\Del^+$ sont assez similaires au {\it propagateur de Feynman} $\Del_F$, d\'efinie par
$$\Del_F(x-y)=\int d^4 k\ {e^{-ik.x}\over k^2-m^2+i0}.$$
D'apr\`es le th\'eor\`eme des r\'esidus,
$$\Del_F(x-y)=i\int {{d^3 \vec k}\over 2\sqrt{ {\vec k}^2+m^2}} e^{-ik.(x-y)}$$
si $x^0-y^0>0,$ et
$$\Del_F(x-y)=i\int {{d^3 \vec k}\over 2\sqrt{ {\vec k}^2+m^2}} e^{ik.(x-y)}$$
si $x^0-y^0<0$.
Les conditions portant sur le signe de $x^0-y^0$ proviennent de l'op\'erateur $T$ de time-ordering. Ce propagateur servira dans
les calculs d'int\'egrales de chemin.

\subsection{Cas du champ scalaire massif charg\'e}
Une {\it charge} est li\'ee  \`a une sym\'etrie interne continue d'une particule, i.e., un groupe de Lie \`a un param\`etre
agissant sur l'espace de Fock ${\cal F}$, engendr\'e par un op\'erateur hermitien $Q$ commutant avec l'hamiltonien $H$. La charge est
conserv\'ee au sens quantique, i.e., si $Q\psi(t_0)=q\psi(t_0)$ \`a un instant $t_0$, alors $Q\psi(t)=q\psi(t)$ pour tout $t$. En
particulier, la charge totale est conserv\'ee lors d'un processus de collision.

Comme $\hat{\psi}^-$ (resp. $\hat{\psi}^+$) est combinaison lin\'eaire des op\'erateurs d'annihilation (resp. de cr\'eation), on doit 
avoir
$$[Q,\hat{\psi}^-(x)]=-q\hat{\psi}^-(x),\quad  [Q,\hat{\psi}^+(x)]=+q\hat{\psi}^+(x)$$
pour une particule de charge $q$.

Le fait que $H_0$ doive commuter avec $Q$, coupl\'e \`a la condition de causalit\'e, conduit \`a postuler l'existence d'une 
antiparticule $\psi_c$ (conjugu\'ee) de m\^eme masse et de charge oppos\'ee. D\'efinissant de la m\^eme fa\c con des champs $\hat{\psi}
_c^-$ et $\hat{\psi}_c^+$ qui commutent avec les champs pr\'ec\'edents, et postulant les relations de commutation
$$[Q,\hat{\psi}_c^-(x)]=+q\hat{\psi}_c^-(x), \quad  [Q,\hat{\psi}_c^+(x)]=-q\hat{\psi}_c^+(x),$$
on trouve 
$$[\hat{\phi}^-(x),\hat{\phi}^+(y)]=\Del_+(x-y)-\Del_+(y-x)$$
pour 
\begin{equation}
\hat{\phi}^-(x):=\hat{\psi}^-(x)+\hat{\psi}_c^+(x),\quad \hat{\phi}^+(x):=\hat{\psi}^+(x)+\hat{\psi}_c^-(x)=(\hat{\phi}^-(x))^*.
\end{equation}
Notons que $[Q,\hat{\phi}^-(x)]=-q \hat{\phi}^-(x)$ et  $[Q,\hat{\phi}^+(x)]=+q \hat{\phi}^+(x)$, si bien que l'hamiltonien 
d'interaction peut \^etre form\'e \`a partir de  produits $\hat{\phi}^-(x)\hat{\phi}^+(y)$ qui commutent avec $Q$.

\subsection{Cas du champ vectoriel massif non charg\'e}
On choisit maintenant pour $D$ la repr\'esentation matricielle naturelle de $SO_0(3,1)$; elle correspond \`a la repr\'esentation
d'indices $(\half,\half)$. La particule est donc de spin $0$ ou $1$. Le choix de spin $0$  conduit simplement au champ d\'eriv\'e
$\partial_{\mu} \hat{\psi}$ du champ scalaire. On supposera donc que $s=1$; il s'agit d'un ``photon massif''. On notera encore $\hat{\psi}^-$ et $\hat{\psi}^+$ les champs obtenus.

Donnons les r\'esultats. On trouve (avec une normalisation adapt\'ee)
$$u(0,0)=v(0,0)={1\over\sqrt{2m}} \left(\begin{array}{c} 0\\ 0\\ 0\\ 1 
\end{array}\right),$$
$$u(0,1)=-v(0,-1)={-1\over\sqrt{2m}} \left(\begin{array}{c} 0\\ 1\\ i\\ 0 \end{array} \right)$$
$$u(0,-1)=-v(0,1)={1\over\sqrt{2m}} \left(\begin{array}{c} 0\\ 1\\ -i\\ 0 \end{array} \right)$$
$$u^{\mu}(p,\sigma)={1\over\sqrt{2p^0}} e^{\mu}(p,\sigma)$$ avec
$e(p,\sigma)=L(p). e(0,\sigma).$

Le champ $\hat{A}=\hat{\psi}^- +\hat{\psi}^+$ est causal pour une particule
bosonique: on v\'erifie que
$$[\hat{\psi}^{-,\mu}(x),\hat{\psi}^{+,\nu}]=\left[\eta^{\mu\nu}-{\partial^{\mu}
\partial^{\nu}\over m^2} \right] \Del_+(x-y)$$
(o\`u $\Del_+$ est la fonction d\'efinie au paragraphe 3.2), expression qui
reste paire pour $(x-y)^2<0.$

Notons enfin que $e^{\mu}(p,\sigma)p_{\mu}=0$, d'o\`u $\partial_{\mu}A^{\mu}=0.$ Dans la limite
 o\`u $m\to 0$, on retrouve les \'equations de Maxwell dans la
jauge de Lorentz. Le vecteur $e$ s'interpr\`ete comme vecteur d'onde.

\subsection{Cas du champ \'electronique}
On consid\`ere cette fois-ci la repr\'esentation $S$ d\'efinie ci-dessus.
Notons qu'elle n'est pas irr\'eductible (elle s'\'etend en une repr\'esentation
irr\'eductible de $SO(3,1)$, l'op\'erateur de parit\'e entrela\c cant les
deux sous-repr\'esentations). Dans la repr\'esentation chirale o\`u les
$\gamma_{\mu}$ sont antidiagonaux par blocs, $S$ pr\'eserve les sous-espaces
propres de $\gamma_5=\left(\begin{array}{cc} 1 &\\ &-1 \end{array}\right).$
Par cons\'equent, $S=(\half,0)\oplus (0,\half)$ et le couple de particules
de spin $\half$ correspondant peut s'interpr\'eter comme un couple
\'electron-positron. Notons 
$$\psi_l^-(x)=\int d{\sigma} \int d^3 p\ u_l(p,\sigma)e^{ip.x} a(p,\sigma),
(\psi_c^+)_l(x)=\int d{\sigma} \int d^3 p\ v_l(p,\sigma)e^{-ip.x} a^*_c(p,\sigma).$$
On obtient apr\`es calculs
$$u(0,\half)={1\over \sqrt 2} \left( \begin{array}{c} 0\\ 1\\ 0\\ 1
\end{array} \right), u(0,-\half)={1\over \sqrt 2} \left( \begin{array}{c} 1\\ 0\\ 1\\ 0
\end{array} \right)$$
$$v(0,\half)={1\over \sqrt 2} \left( \begin{array}{c} -1\\ 0\\ 1\\ 0
\end{array} \right),
v(0,-\half)={1\over \sqrt 2} \left( \begin{array}{c} 0\\- 1\\ 0\\ 1
\end{array} \right)$$
$$ u(p,\sigma)=\sqrt{m\over p^0} S(L(p)) u(0,\sigma), v(p,\sigma)=\sqrt{m\over p^0} S(L(p)) v(0,\sigma).$$

Posons $\hat{\psi}=\hat{\psi}^- +\hat{\psi}_c^+.$ Alors on trouve apr\`es
calcul
$$[\hat{\psi}_l(x),\hat{\psi}_m^*(y)]_{+} =i\left[ (-\gamma^{\mu}\partial
_{\mu}+m)\gamma^0\right]_{lm} \Del(x-y)$$
(o\`u la fonction $\Del$ est celle d\'efinie dans la section 3.2)
donc le champ $\psi$ est causal si l'on consid\`ere une particule fermionique.
Il aurait \'et\'e impossible de garder la causalit\'e en supposant la
particule bosonique (cf. [Wei], section 5.5). 

On v\'erifie
$$(ip^{\mu}\gamma_{\mu}+m)u(p,\sigma)=0, (-ip^{\mu}\gamma_{\mu}+m)v(p,\sigma)
=0;$$ remarquons l'analogie parfaite avec la fonction d'onde de l'\'electron
dans l'\'equation de Dirac: les solutions d'\'energie positive (resp. n\'egative) sont de la forme $u(p,\pm \half) e^{-ip.x}$ (resp. $v(p,\pm\half)e^{ip.x}$).
En particulier, le champ $\hat{\psi}$ v\'erifie l'\'equation de Dirac.

\subsection{Cas du potentiel \'electromagn\'etique}
Le potentiel \'electromagn\'etrique $\hat{A}$
est un champ vectoriel neutre non massif.
Remarquons qu'on ne peut l'obtenir \`a partir du champ du paragraphe 3.4
en passant \`a la limite $m\to 0$ (certaines formules deviennent singuli\`eres,
dont celle du commutateur). De plus, la covariance ne s'exprime plus de
la m\^eme mani\`ere.

Rappelons la forme du petit groupe: il est engendr\'e par les rotations
$$R(\theta)=\left(\begin{array}{ccc} \cos\theta& \sin\theta& 0\\
-\sin\theta &\cos\theta& 0\\ 0&0& {\mathrm{Id}} \end{array}\right)$$
et les translations
$$S(\al,\beta)=\left(\begin{array}{cccc} 1+\zeta& \beta& -\zeta& \al\\
\beta& 1 & -\beta& 0\\ \zeta&\beta& 1-\zeta&\al\\ \al & 0 &-\al& 1
\end{array} \right).$$ Le photon poss\`ede classiquement un degr\'e de
libert\'e d\^u au choix de sa polarisation; ce degr\'e de libert\'e 
s'interpr\`ete quantiquement par le fait que le photon est la superposition
d'une particule d'h\'elicit\'e $1$ et d'une autre d'h\'elicit\'e $-1$.
On a donc deux \'etats d'h\'elicit\'e privil\'egi\'es, not\'es $\sigma=1$
et $\sigma=-1$.
Posons $u_{\mu}(p,\sigma)={1\over \sqrt{2p^0}}e_{\mu}(p,\sigma).$ 
 Notons
${\cal L}(p)$ une transformation de Lorentz standard telle que ${\cal L}(p).
k=p.$ Alors
\begin{eqnarray}
e(p,\sigma)={\cal L}(p) e(k,\sigma) \\
e^{i\sigma\theta} e(k,\sigma)=R(\theta) e(k,\sigma)\\
e(k,\sigma)=S(\al,\beta) e(k,\sigma),
\end{eqnarray} les deux derni\`eres \'equations correspondant \`a l'action
du petit groupe.

La condition (14) est impossible \`a v\'erifier. On ne peut donc pas
construire un champ invariant.

Consid\'erons n\'eanmoins les \'equations (12) et (13).
Ces derni\`eres imposent (\`a une constante pr\`es) $e^{\mu}(k,\pm 1)
= {1\over\sqrt 2} \left( \begin{array}{c} 0\\ 1\\ \pm i\\ 0\end{array}\right)
$ (notons que cette formule est la m\^eme que dans le cas massif). La
transformation de Lorentz ${\cal L}(p)$ peut \^etre construite comme un boost
${\cal B}(|p|)$ le long de l'axe (Oz), suivi d'une rotation $R(p)$ qui
envoie l'axe (Oz) dans la direction de $\vec p$. Comme $e(k,\pm 1)$ n'a
des composantes que selon $x$ et $y$, il est invariant sous le boost
${\cal B}(|p|)$; par cons\'equent,
$e(p,\pm 1)=R(p)e(k,\pm 1)$. En particulier, $\vec p . \vec e(p,\pm 1)=0$
et $e^0(p,\pm 1)=0$. On retrouve donc la jauge de Coulomb
$A^0(x)=0$, div $\vec A=0$,
de toute \'evidence non covariante.

Les \'equations (13) et (14) doivent \^etre remplac\'ees par
$$S(\al,\beta)R(\theta)e(\vec k,\pm 1)=e^{\pm i\theta} \left\{
e(k,\pm 1)+{\al\pm i\beta\over \sqrt 2 |k|} k \right\}.$$
On peut d\'emontrer plus g\'en\'eralement qu'il existe un couple de fonctions 
$\Omega_{\pm}(p,g)$ tel que
$$e^{i\theta(p,g)} e(gp,\pm 1)=g.e(p,\pm 1)+p^{\mu}\Omega_{\pm}(p,g)$$
-- o\`u $\theta(p,g)$ est l'angle de
 la rotation de Wigner associ\'ee \`a $(g,p)$ --, si bien que
$$U(g)\hat{A} U^{-1}(g)=g.\hat{A}(g.x)+\partial_{\mu} \Omega(x,g),$$
o\`u $\Omega(x,g)$ est une certaine combinaison lin\'eaire d'op\'erateurs
de cr\'eation et d'annihilation. Quoiqu'il en soit, on retrouve la
condition famili\`ere de jauge; on peut construire une th\'eorie Lorentz-invariante \`a partir de couplages du type $\hat{A}_{\mu}\hat{j}^{\mu}$, o\`u $\hat{j}^{\mu}$ est
un (courant) quadrivecteur tel que $\partial_{\mu} \hat{j}^{\mu}=0,$ et de la
``courbure'' ou  champ  \'electromagn\'etique
$\hat{F}_{\mu\nu}=\partial_{\mu}\hat{A}_{\nu}-\partial_{\nu}
\hat{A}_{\mu}$ qui, elle, se transforme de mani\`ere covariante
(cf. expos\'e de D. Manchon du 8/1/01).







\end{document}


